SE RELEVER SUR DES CENDRES

Un discours
de mariage
à soi-même
une mère
qu’on dirait
la déesse
de la gentillesse
qui a quitté
son domaine
pour partager avec vous.
Un homme
qui à votre départ
relie pour toujours vos âmes
par les cordes de sa guitare
et offre un concert
à un homme
et une femme
devant une foule amassée de manteaux.
Et des cœurs
sur des chaises.
Des cœurs sur des chaises.
Des cœurs sur des chaises.
Des cœurs debout.
Des cœurs qui boivent.
Des cœurs qui discutent.
Des cœurs qui chantent.
Des cœurs qui ne peuvent plus
se cacher
Qui ne
VEULENT
plus se cacher.
Quitte à faire ringard
Quitte à faire faiblard
Les émotions
Donner
Quitte à se tromper
Mais tu ne te trompes
Jamais
vraiment
Quand tu parles à
Quelqu’un
de la meilleure
facette de lui-même.
L’extérieur devient
à nouveau
Intéressant
Accueillant
et l’autre
peut se dire
en fait je suis grand
et à partir de maintenant
je vais essayer d’être fidèle
par l’action
à cette image merveilleuse
que je comprends
de moi-même.

Donner
Quitte à se tromper,
Mais ne jamais se tromper
Vraiment.
Savoir tout de même
se limiter
En privé
Quand certains
absorbent
l’énergie et l’argent.
Recevoir
Dans l’intimité
Les gens
Qui ne veulent pas justement
Que recevoir
Mais donner.

Et elle est là
Le cœur en dehors
Debout
Au milieu
A improviser
Un discours de mariage à elle-même
Devant témoins.
Témoins d’une année
A se relever
Sur des cendres.
Burn-out,
Tout brûle
Disparaît
Mais l’engrais
Peu à peu
fait
Effet…
Et en elle tout repousse.
Les envies de créer
D’aimer
De partager
Plus de manière confuse
mais de manière
diffuse.
Dans l’axe qu’elle s’est fait fixé
Dans la direction désormais
Qui la fait vibrer.
Qui part de son humanité
Vers
la leur.

La guitare joue.

POURQUOI CE REVE ?

Il a fait
un rêve :
agencer son
jardin
en jardin oriental
mais tout de suite
des gens
commentaient
« un jardin oriental !
normal
pour un arabe ».

il ne comprend
pas
pourquoi
il a
fait
ce rêve.
alors que depuis
des années
il a tout
coupé
avec la sensualité
la sagesse
la beauté
de cette culture
car dans ce pays
certains prénoms
certains faciès
vous obligent
à chanter l’hymne
à agiter
le drapeau
sous peine de
regards
qui séparent
quand vous ne
rêvez
que de sourire
de connexion.

Il a fait
un rêve :
agencer son
jardin
en jardin oriental
mais tout de suite
des gens
commentaient
« un jardin oriental !
normal
pour un arabe ».

il raconte
ça
à son fils.
il se
demande
pourquoi
ce rêve.
Et son fils
qui
entend
depuis un moment
des chants
venus du désert
comprend
qu’il n’est
en fait
pas le seul
coupé
de ses racines.

Le soleil brille
Et chauffe le gazon.
Ils sont tous les deux accoudés à la même table.

UN CIEL BLEU NE SE REFUSE PAS

Elle transforme
Les nuages
En ciel bleu
Les outrages
En motif
pour se retrouver entre eux.
Et alors
Sa silhouette
Son sourire
Sa douceur
Sa légèreté
Dissipent toutes les peurs
qui s’étaient incrustées.

Et il comprend :
Quand l’extérieur ne place
plus
En insécurité
l’urgence de se sauver
De dominer
Immédiatement disparaît.
Ne reste alors
Que le plaisir
De donner
De partager
De profiter.

«Savoir que les autres sont fiables
rend fort
et audacieux »
disait le docteur Dupagne.
Il accélère
Il se magne,
Sa source de force
D’audace l’attend
Juste devant ce restaurant
Au tournant.

Un ciel bleu ne se refuse pas.

BIENTÔT…

Sur les tables
Une nappe à carreaux
Rouges et blancs.

Dans
les assiettes
des galettes
chaudes
fines et
croustillantes.

Et
Une serveuse
Les fesses bombées
Les bretonnes :
Beautés
Simples
Originelles
Et percutantes.

Et
la propriétaire
dépose
devant une petite fille
une crêpe
avec une bougie
qui monte
vers le ciel
en geyser.
C’est son anniversaire.

Et les tables
à côté
applaudissent.
Et dehors
Une pluie fine
tombe
à 20h30
sur le Morbihan.

Et il applaudit
Et il regarde la serveuse
Puis il regarde
à travers
la fenêtre
du restaurant.

Il voudrait vivre
ici

toute sa vie.

toute sa vie,
à embrasser
cette serveuse.
Lui faire
Des enfants.

Et partager
Des moments
Simples
A aimer
A protéger
A transmettre.

Puis partir.
En s’imaginant
Grandir
Puis vivre
Dans

cette même douceur
Ses enfants.

Ils se lèvent.
Ils partent.
Il parlera à la serveuse
Un jour.

Mais pas cette fois.
Pas cette fois.

Bientôt...

CHAUSSURES BLEUES ET GRISES

Ses chaussures bleues
et grises
regardent ses pieds
les quitter
et marcher
vers la mer.

Ses chaussures bleues
et grises
regardent les
escaliers
du Mont Saint-Michel.

Ses chaussures bleues
et grises
redécouvrent Chausey

Ses
montées
ses chemins
ses plages.

A nouveau
ses pieds
les quitter
et marcher
vers la mer.

Ses chaussures bleues
et grises
sont toujours

pour l’emmener
sur un fronton
un lieu sacré
ou une plage.

Pour
observer
la grandeur
souvent
de l’homme
de la nature
quand
chacun
joue son rôle.
A sa place.

DONNER SA CHANCE AU SILENCE

elle ne
lui
dit
pas
qu’elle

l’aime,
il

ne
lui dit
pas
qu’elle
l’aime
car tout
est
trop compliqué
et sera
un jour
terminé :
la différence
des
objectifs.

mais
ses sourires
lui crient
« oui !!!!!! »
mais
ses messages
lui disent
« merci »

merci
à elle
à sa 4L

à
son moyen
de déplacement
de
l’avoir
déplacé
ce fameux

mercredi.
à son
cœur
de lui
en
avoir
spontanément
tant dit
comme

une
main
tendue
posée
sur son genou.

sur l’arrière de son cou.

on nuque
même
les eunuques
demandent

avec elle
« on nique ? »

on
pique-nique
sans
bouteille
on
embrasse
sans
je t’aime.
on
ne

se
comprend pas
mais
on s’intéresse
se sourit
se respecte.

le bonheur
sans fusion.

l’infini
sans ambition.

le cœur
qui ne dit rien
mais

qui dans les silences
ne peut
cacher
qu’il bat
qu’il bat
qu’il bat.

moins
bien sûr
que les fermiers
sur M6

et leurs ébats.

mais
s’il parle
trop,
mais
si elle
met
Vianney
à la radio
c’est peut-être

pour ne
laisser
aucune chance
au silence
de mettre
autant
en évidence
deux cœurs
qui font
plus de bruit
que
leur trajectoire de vie
à priori

le tolère.

elle arrive à la gare.
elle s’arrête.
il sort de sa voiture.
il l’embrasse.

il ouvre
la porte
arrière
pour prendre son sac.

il part.
et avant
de s’en aller

totalement
il tourne la tête

dans sa direction.
et affiche un large sourire.

il se retourne,
s’en va

prendre son train.
elle se dirige
vers
le travail.

EN COMMUN

ils n’ont
en commun
qu’une peau
une ouverture
de bras
de bouche
d’esprit
une énergie
d’

avancer
de guider
de découvrir.

ils n’ont
en commun
rien
qu’un élan
que des dents
qu’un divan
un lit
que des nuits
des
desserts
des dîners
et des salles
de ciné.
il n’ont
en commun
rien
qu’une peau
des abdos
quand
l’autre parle
que leur corps
réagit.

il n’ont
en commun
rien
et pourtant
ils sont là
dans un restaurant
sur une terrasse

dans une salle de cinéma
épaule
contre épaule
main contre main

parfois
même
bouche contre bouche.

le film se termine
ils se regardent
ils n’ont

rien
en commun
et
pourtant

ils sourient.

GLAIVE EN MOUSSE

Elle est un cœur
Qui brandit
Un glaive
En mousse.
En plastique.
Elle ne veut blesser
Personne
Mais elle aimerait
Enfin
Qu’ils comprennent
La douleur
Pour elle,
De les voir
Constamment
Chercher à dominer
A ne pas s’améliorer.
Ne pas chercher à découvrir
A se découvrir
pour mieux la découvrir
Elle, ses habits
Ses émotions
Ses rêves.

Elle est un cœur
Qui brandit
Un glaive
En mousse.
En plastique.
Elle aimerait
Qu’ils comprennent
à l’aide d’un flambeau
Rallumer leur
Cœur
Eteint
Mais elle
S’épuise
Elle mouille trop
Sa chemise
car la mèche est trop courte.

Et pourtant elle a décidé
Qu’elle continuerait
Sans arrêt
De tenter
de les rallumer.
Il doit bien
il y a avoir
une façon
d’y
arriver.
une façon d’y arriver.

Elle est un cœur
Qui brandit
Un glaive
En mousse.
En plastique.

Même si ce soir
Il s’est passé un truc bizarre.
En face,
le même souci de fraternité.
Le cœur
avec le glaive en plastique
ce soir, n’a même pas
dégainé

SALON DU XIX

Un mail
de ses nouvelles
Cette femme
Envoyée pratiquement par le ciel.
Il y a quatre ans.
Quatre ans
Une collègue
Et sa voisine
Donc cette femme.
Qui vous lit
Vous associe soudainement
A son monde
D’un autre temps.
Elégant
Subtil
Bienveillant.

Et ce premier rendez-vous
Pour un thé
Dans un café
place Pereire.
Et cette envergure
Ce mélange de force
de douceur.
D’expérience
de candeur.
De cerveau
et
de cœur.

Avec elle
Le moindre début de discussion
Et vous vous imaginez
installé
Dans un salon
Du XIXème.
Quand les gens partageaient
Leurs merveilles.
De peinture
De sculpture
D’écriture.
Des gens
Qui desserraient

leurs bourses
Pour éviter
Aux artistes
De la rue
la course :
pour la survie.
Comme si l’art
Etait
de l’air
du vent
passe-temps
Ne justifiant

pas
l’épaisseur d’un salaire.

Avec elle
Une conversation
Et tout redevenait passion.

La vie, n’était fait
A nouveau

que de richesses.
Touchée,

L’âme,
Pouvait enfin lutter
Dans les yeux
Contre
la sécheresse.

Alors
Quand il voit
Son nom s’afficher
Son prénom s’afficher
Ses premiers mots
Comme un camarade de classe
Venir lui parler :
L’atmosphère change.

L’extérieur n’est plus brumeux
hostile.
Il redevient subtil
Elégant
Généreux.

Comment a-t-il fait
Se demande-t-il
Pour vivre
Tant de temps
Sans lui parler ?

Il sait.
Entre-temps
L’univers a eu

la générosité,
D’avoir d’autres personnes
Comme elle
Sur sa route
A
lui présenter.

MEDITATION

Il médite
Il repense au témoignage

de cet ancien Skinhead
Qui s’était un jour
assis
A côté d’un homme dont
Il avait ressenti beaucoup

de fraternité
de paix

d’amour.
Il voulait résister en lui
A cette douceur
Qui l’envahissait soudainement
A l’intérieur du corps
Et lui faisait baisser les

armes
Lui qui pensait n’exister que

par l’
affrontement.

Mais le bien
avait été fait.
Et sous son crane rasé
Sous son manteau de cuir
Que c’était bon
de sentir
cette douceur
Cette onctuosité dans le
corps.
Il avait finir par devenir
moine
suite à la rencontre
avec cet homme.

Alors quand
il médite
comme aujourd’hui

Dans ce train,
Il s’imagine
Etre

cet homme
Plein de

fraternité
De paix
D’amour.

Il visualise
dégager
cette sérénité puissante
cette douceur
Et qu’une personne
Stressée,
Emplie de colère

s’assoit
aléatoirement

A côté de lui
Et se laisse
Surprendre
Désarmer
par cette puissance
et ce désir d’harmonie, de lien
qu’elle ressent subitement

en lui.

Il pense à ça
et son cœur devient un miroir
Qu’il essuie
Qu’il essuie

Qu’il essuie.

Plus il inspire

puis expire
Plus ce miroir devient net

limpide
Et réverbère une lumière
éclatante.

Le train entre en gare.
Tout le monde descend.
Il rouvre les yeux.
Il sourit.
Puis il descend à son tour

du train.