Logo Flavie

Elle danse avec moi
Et je suis son
Héros.
On fait des enfants
Pour redevenir
Important

Indispensable
Un géant

Dans les yeux
D’une personne
Qu’on admire.
Et je t’admire
Ma nièce.
Car tu es authentique
Vraie
Et quand tes yeux
Regardent ta mère
Ton père
Ton grand-père
Ou moi
On a tous l’impression
D’être indispensable

A cette Terre.
A partir d’un âge

C’est si rare qu’une personne
Réellement
Vous regarde.
Et ne voit pas

A la place de votre visage
Ce que la vie a oublié de lui donner.
Ce que la vie injustement
Lui a repris.
Ou ce que vous pourriez lui
Apporter
Pour qu’enfin elle puisse
Flotter
A la surface de l’existence.

Tu danses, ma nièce
Et je suis ton héros.
Tu souris.
Je suis un enfant aussi, tu sais.
Un enfant qui vieillit.
Un ange au milieu des bombes.

L’innocence qui traverse depuis
Plusieurs années
Une allée pavée
Où tout le monde se poignarde.
Mais quand tu me regardes
Je crois qu’ils ne me voient pas.
Quand mon père et ma mère me regardent
Je crois qu’ils ne me voient pas.
Alors continue de me regarder
Mon père, ma mère,
Continuez de me parler
Comme si je représentais l’avenir de ce monde.

Et on danse
Et on chante
Et on rit.
On oublie
Ce qui nous attend.

Et mon père se lève
Pour chercher l’appareil photo.

Logo Flavie

Sur la terrasse
Des gens
Au milieu du
Travail
Font une pause.

Une cigarette à la
Main.
Un café à la
Main.
Une bouteille à la
Main.
Pendant
Quelques minutes
Ils se réapproprient le
Temps.
Discutant
Du sport.
Des informations.
Ou dans le silence
Observant
L’horizon.

Seul sur cette
Terrasse
Il fixe le
Lointain.
Et chaque jour
Ce cimetière
Qu’il aperçoit
Lui rappelle
Le temps qu’il
Perd
A obéir
A sourire
A la place
Sur son propre chemin
D’avancer.

Il est devenu une maison
Qui se vide.
Des poutres qu’on consolide
Une façade qu’on repeint.

Il n’est plus qu’une structure
Et un silence.
Mais, au loin,
Les chants
l’appellent.
La musique l’appelle.
La mer et les rires
L’appellent.

Il est debout sur cette terrasse.
Fixant le cimetière.
Fixant l’horizon.
Pour combien de temps encore ?

Il regarde sa montre.

Il rentre.
Et Brel
et Gauguin
L’attendent sur leur île. 10h45.

Logo Flavie

Il vend des valises
Comme si tout le monde
Avait envie de
partir.
Tout le monde
VEUT
partir.
Mais ceux qui rêvent d’avion,
Rêvent encore du réel,
Et pas d’acheter sa valise dans une ruelle.

Il vend des valises
Comme si tout le monde
Avait envie de

partir.
Tout le monde
VEUT
partir.
Mais ceux qui rêvent d’évasion
ne rêvent plus d’avion,
Mais d’un corps, d’un sourire,
de deux yeux.

Il vend des valises
Comme si tout le monde
Avait envie de

partir.
Tout le monde
VA
partir.
Mais dans un cercueil, sur
un cheval,
Sur une planche à voile,
Dans un livre,
Dans une salle de cinéma,
Mais
sans valise.
Sans valise.

Il marche devant sa boutique,
Se mouche, en attendant ses clients.

Logo Flavie

Un anneau
Dans le nez d’une femme
Est à double tranchant.
Soit, son visage épais
Vous évoquera l’animal
Le ruminant
Soit, son visage pur
Vous évoquera tout ce qu’
Il y a
D’indomptable
Chez elle.
La beauté qu’on ne met pas
Dans une cage
Dans un bocal.
Qu’on ne privatise
Pas
Que pour soi.
Son anneau à elle
Me rappelle ça
Car ses cheveux sont blonds
Ses traits ont la douceur
De la femme
Qui se penche sur les
Hommes
Pour les redresser.
Et ses yeux
Fixent
Au loin
Les rêves
L’horizon
Qui renaissent
Différemment
Chaque jour
En elle.

Logo Flavie

Comme un lion
le soir
au Zoo.
Seul.
Comme un marin
A deux heures du matin
Montant dans son bateau.
Seul.
Comme un écrivain
A la bougie
Cherchant le dernier mot.
Seul.
Comme un mouton
Intrigué par un soleil
S’extirpant d’un troupeau.
Seul.

Mais
Sauvage.
Comme l’océan
Débarquant
Sur une plage.
Comme un loup
Déterminé
Qui traverse à la nage.
Comme une danseuse
Sensuelle, qui transforme en parquet
Le carrelage.

Seul
Mais sauvage.

Sauvage.

Car se rapprocher d’eux
Eloigne de soi.
Car le majestueux,
dans le trop fade,

à la lisière
aussi
Doit se trouver par là.

Seul.
Mais sauvage.

Sauvage. Sauvage.

Logo Flavie

Une coiffeuse
Un chef cuisinier
Deux traducteurs
Un amoureux du sport
Une amoureuse du cinéma :
pas d’intellectuel
Pas de volonté de
Convaincre
Juste de plaisanter
De partager

d’écouter
de s’aimer.

Le soir
Tout le monde
Est parti
Et il remercie son père
Pour cette réunion
Préparée.
Il est
la générosité incarnée
l’humilité de donner
et comme si c’était contagieux

eux
étaient tous

comme lui
ce repas de midi.

Comme si
Les valeurs du passé
Pouvaient être encore
Sauvegardées
Par des jeunes
Prêts à relever le flambeau

Qu’on allumait
dans la cuisine

et que les anciens tendaient
autour d’une paella
d’un gâteau.

Dans ces fêtes
Où le meilleur de l’homme se partageait
Et s’inscrivait dans la peau.
Oui, dans le gras.

On n’en prend pas qu’un peu
On se ressert deux fois.
Double ration pour l’estomac
Mais aussi pour le cœur.
Certains soirs, en partant,
On se sent ambassadeur
De toute la générosité qu’ils nous lèguent
De leur vivant
Comme un héritage.
A l’heure du dessert

et du fromage.

Il salue son père
Et part sous la pluie

direction son domicile.

Logo Flavie

Sur le quai
Cheveux blancs
60 ans
Ils s’embrassent fougueusement.
Putain
C’est sacrément beau
l’amour.

Il les regarde
En se demandant
S’il vivra
si vieux.
S’il sera un jour
réciproquement
si amoureux ?

En tout cas
en les regardant
s’embrasser
il observe
son corps s’embraser
en rêvant
à ça :

un quai
un sourire
une bouche
un sourire
une bouche
un sourire
une bouche