LA SOUPE AUX CHOUX

Il met la 3
Ce film
Que dix ans
auparavant
il aurait dit
c’est pour les beaufs
les gens qui n’ont besoin
que de peu
pour rire.

Aujourd’hui
dix ans ont passé
et il comprend
qu’il ne leur en faut pas
peu
pour rire,
il leur en faut
peu pour vivre :
mais l’essentiel.
Partager avec un ami.
Se remémorer l’amour
avec pudeur et nostalgie.
Devant la télé,
les scènes se succèdent
des personnages avec du cœur.
Qui ne cherchent pas à briller plus que les autres
Qui ne cherchent pas à dominer.
Qui cherchent juste
A être avec.
A coexister
Entre humain
Au milieu d’un jardin
Et même comme la forme se présente
avec au-delà de la Terre.

Ensuite,
La beauté apparaît
Comme la foudre
Comme un volcan
Comme un glissement
de terrain
Qui emporte
L’harmonie de la vie
car on aimerait
Posséder
Ces yeux trop bleus
Ces seins trop gros
Qu’on ne saurait accepter
de les voir
au quotidien
Dans les yeux
D’un autre.
Nécessité d’apprendre
Le détachement.
Et c’est exactement
Ce qu’il se passe.
Il la laisse
Partir
Au bras d’un autre.
Loin de lui
En lui disant :
« Ce n’est pas
Parce que tu me connais
Que tu connais les hommes. »

Et il retourne
Avec ses amis :
« le canon
c’est pas que du pinard,
c’est de l’amitié. »
Et ils s’en vont
Loin d’une société
Dénaturée par l’argent.
Acheter
Regarder
Consommer
Mais ne plus partager
Cultiver
Ni comprendre.

Ils s’en vont
Avec deux maisons
Et un bout de jardin.

Sa télé s’éteint.
Et il se dit
Que prôner
La fraternité
La sobriété
Le détachement
Est la marque des grands.
Des résistants.
Qu’il prenait
Autrefois
pour des beaufs.

Mais ce n’est pas
Parce qu’il connaissait
Un peu les hommes
– notamment ses parents –
Qu’il connaissait les hommes.
Il pensait que la bienveillance
La simplicité
Etait une banalité
Qu’on ne pourrait jamais nous ôter.

Mais on nous a tout repris
aujourd’hui
Et face à ce mouvement de repli
Il est devant sa télé arrêtée
comme exsangue.
D’avoir vu autant de beauté
Et de savoir que dehors
Niveau cœur
C’est la mort assurée.

« Si on ne peut plus péter
sous les étoiles
sans faire tomber un martien,
Il va nous en arriver des pleines brouettes. »

Il rêve qu’il en arrive
Au moins un.
Ou une.
Loin d’ici
Pour l’emmener avec lui.
En attendant
Il se rappelle
Un visage d’ange
Deux visages de frère
Et un cœur de martien .