SILENCE LIMITÉ, FORFAIT ILLIMITÉ

Il l’appelle à nouveau. Donc je vibre. Donc elle m’appuie sur le bouton vert. Et là c’est parti pour une heure de « Ca va ? Et ta journée, mon chéri ? T’as fait quoi hier ?». Je les écoute. Et dire que c’est ça l’avenir de l’humanité. J’en crois pas mon réseau, je vous jure. Je pleure. Je me décharge de la batterie.

Oui, nous les téléphones, on fait exprès de se décharger, pour vous rendre service. Avant, on s’appuyait sur les forfaits limités, pour vous limiter dans votre propension, par la bouche, à tricoter du vide. Un forfait « 1heure » à 40 euros, 2 euros la minute supplémentaire, on en avait converti plus d’un à la méditation, à l’introspection et au silence, vous pouvez me croire. Aujourd’hui c’est terminé. Forfaits illimités. Conversations inutiles illimitées. Gêne occasionnée dans les trains, dans les métros, dans les bus, même dans la rue, illimitée. Sans l’idée de se décharger complètement en moins d’une heure, des tornades de paroles vides auraient déjà tout emporté sur leur passage.

Déjà tout emporté sur leur passage.

Leur passage.