« UN PROJET »

Elle a 50 ans
Elle est belle
Elle me demande si
Elle peut prendre cette chaise
Elle s’assoit à la périphérie de ma vue
Je l’entends parler
Son ton de voix ne m’est
Pas
Particulièrement
Agréable
Mais qu’elle satisfasse son
Besoin
De connexion
Avec une amie est important.
Pendant ce temps
J’écris.
Je travaille la musique de mes phrases
Fréquemment brouillée par ses paroles
Que j’entends sur ma droite.
Un peu contrarié, au bout
D’une demi-heure, je
Finis par tourner la
Tête
Pour voir à qui elle parle.

En fait elle est seule…

Elle parle seule…
Même pas au téléphone.
Même pas à une passante.
Depuis plus d’une demi-heure, elle parle
Seule, elle, raffinée.
Elle, bien habillée.
Et je comprends
Que la folie
Touche de plus en plus de monde.

Plus besoin de tomber dans la misère,
D’errer dans la rue
Vêtements déchirés, canette à la main pour délirer.
Non,
L’absence de sens
S’empare peu à peu de tous les crânes.

On se bat pour au moins rester droit
Respectable
Silencieux.
Quand on lui demandait
Ce que
La beauté
Représentait
Abd Al Malik répondait :
« Un projet ».

Le seul finalement qu’il nous reste
Pour ne pas finir
Comme cette femme
A parler
A toutes ces oreilles
Qui
Quand il était encore temps
N’ont jamais répondu.

Répondu.