EXILÉS

Nous sommes des exilés. Loin de nos arbres. De nos cours d’eaux. Nous courons autant pour arriver à l’heure, que pour fuir la laideur encerclante du béton.

Certains ont déjà fui. Dans les campagnes, ils cultivent, ils restaurent, et nous plaignent, nous maudissent. Nous revenons parfois : pour souffler, respirer, légèrement nous projeter, plus rarement sérieusement nous préparer, et apprendre.

Nous reviendrons bientôt. De force : ils le savent. Quand l’énergie artificielle manquera, et qu’alors la vie devra se chercher à la source, là où les végétaux et les animaux convergent. Quand les fruits et les légumes s’arracheront dans les potagers, au lieu de s’attraper mécaniquement dans les supermarchés. Quand la nature sera déifiée, et ses plus beaux temples furieusement recherchées, et massivement occupées : l’harmonie  de ceux qui avaient précocement choisi de la rejoindre, l’écouter, pour au mieux la valoriser… La quiétude de ces gens-là qui avaient eu le courage de changer, de ralentir, de se respecter : pourrait brutalement disparaître. S’envoler. Ils le savent.

Alors, ils espèrent que nous comprendrons l’urgence de venir leur parler, pour apprendre avec attention et humilité, du vital, du concret. Tout ce qui pourra servir dans le futur, pour cultiver, pour bâtir, pour soigner, pour créer, échanger dans la précision, l’ouverture, le respect.

Une vie plus proche de la vie en soi, et tout autour. Loin de la vie dans les grandes tours, où tout en haut, la vue donne sur la pollution et plus sur l’horizon.

Sur la pollution et plus : sur l’horizon.