MA POTE CHRISTELLE

La première fois que j’ai vu ma pote Christelle, j’ai cru qu’elle était étrangère. Anglaise. Tout simplement parce que je l’ai rencontrée quand j’avais presque 30 ans, au travail, et qu’elle, elle souriait avec une âme d’enfant, et une simplicité, comme si elle ne connaissait pas les codes de la société.

Comme si elle ne savait pas que parfois ça faisait moins mal de se méfier. Comme si elle ne savait pas que les gens respectaient plus les sourcils dans la gravité, que les sourires dans la jovialité.

Elle ne savait pas tout ça. Alors j’ai cru qu’elle était un peu Jane Birkin, débarquant à Paris, à 20 ans. Alors qu’elle était une amatrice de 40 ans qui débarquait, depuis 20 ans, dans le monde professionnel des grands.

Elle m’a invité à déjeuner, de suite. Dès le premier sourire. Dès le premier regard. Je n’ai pas compris pourquoi moi. Je pensais encore à l’époque, que tout le monde avait ce sourire, à disposition, dans la bouche, pour pouvoir à n’importe quel moment l’exposer sur ses lèvres. Et cette lumière joyeuse, accessible depuis le coeur, comme une lampe torche, dans un tiroir, pour mieux éclairer son chemin, pour donner plus de clarté à sa vie et chacune de ses journées.

Je pensais qu’entre les gens et leur potentiel, il n’y avait aucune différence, car j’étais désireux moi-même d’optimiser 100% de mon potentiel. D’enfiler mon costume de super héros, pour ainsi vieillir, sans ne jamais devenir : envieux.

Plus tard, je comprendrais : les blessures, le manque de temps, de sens, les peurs : qui font que parfois, on ne devient pas totalement soi, que l’autoroute vers le succès, devient la petite routine (travail et factures) vers le succinct. Une vie simplement d’introduction. « Les richesses d’une vie humaine, le numéro 1 : les enfants et le travail », déjà dans vos kiosques. Sans ne jamais recevoir ensuite, toute la collection. Dont « Le grand amour ».  Ou « La passion qui comble, et vous rémunère ».

Bref, dès les premiers échanges avec Christelle, au travail, elle m’a invité. On a déjeuné. Puis tous les week-ends on allait bruncher. Puis, à chaque fois que le travail, ou l’amour, ou la famille, me donnait une image de moi, à croire que j’attrapais que des boules noires à Motus… A chaque fois que la société me tendait un miroir, et que j’y voyais un pauv’ type, dans les yeux et les sourires de Christelle, je voyais que j’étais un soleil. Un survivant. Un résistant. Un enfant qui n’avait pas voulu mourir. Un clown qui avait refusé de déposer le bilan.

Avec elle et Karim, j’avais maintenant deux compagnons de route. Et quand des compagnons vous font aimer la route, vous n’avez plus en la tête la destination. La destination n’a pas vraiment plus à vous apporter que ces moments partagés avec eux. Ces amis, qui sont comme un téléphone emprisonné dans du plexiglas, avec une inscription « à briser en cas d’urgence ». Et en cas d’urgence, de stress, de colère, d’angoisse :  tu brises le verre. T’attrapes le téléphone. Et tu fais défiler les 2/3 numéros seulement répertoriés dans le téléphone, dont le sien.

Bref, la première fois que j’ai vu ma pote Christelle, j’ai cru qu’elle était étrangère. Anglaise. Jane Birkin, débarquant à Paris, à 20 ans. Alors qu’elle était une amatrice de 40 ans qui débarquait, depuis 20 ans, dans le monde professionnel des grands. De l’entreprise.

La première fois que j’ai vu ma pote Christelle. Ma pote Christelle.

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