A quoi bon disposer de dons si on ne peut pas les utiliser. Contribuer. Et pour donner, j’ai besoin de sentir l’utilité. Et de savoir que l’énergie ainsi injectée, va recirculer au sein de la société, se concrétiser enfin par une avancée, une éclosion de lien, de liberté, de beauté.

J’ai besoin de gens généreux. Qui ne gardent pas leur énergie pour eux. Je ne suis pas encore aussi inconditionnel comme le soleil ou l’arbre, qui peuvent réchauffer ou abriter la journée n’importe qui. N’importe qui, qui confisque l’énergie, ne m’intéresse pas. Mais les gens humbles et généreux : toujours. Alors je fais tout pour briller fort et doucement, pour eux. Je fais tout, sous mes feuillages, pour les abriter de la pluie et du vent. Je les aime, car je me sens aussi noble que la nature : quand je fréquente la leur. De nature. Aussi noble que la nature : quand je fréquente la leur… de nature.

Histoire d’un week-end, d’un déménagement, en compagnie de tous ces gens.

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Certaines nuits
Aidé d’un ami
On peut remonter
Le fil de sa vie
A l’aide
Du fil du téléphone.

Pêche nocturne
Les noms
Comme des hameçons
à émotions.
Et ça mord !
De la joie
De la passion
De la tendresse
Plus que des remords.
Un poète
Ou son sosie
Croisé tard
Rue Mouffetard.
Les légendes
Etaient encore
Vivantes
Et partageaient
banalement
Nos pavés
Et nos rues.

Des pavés
D’ailleurs
Qu’ils lançaient
Furieusement
Contre la rigidité
Et la froideur
De la société
A travers
La puissance de
leur voix
la chaleur
de leur plume.
Rage de vivre
De lien
D’amour
de coeurs
Qui ne voulaient pas
Céder
Face
A la barbarie
Du monde.

Il se rappelle
Ça
soudain
Du seul moyen
pratiquement
Qu’il reste
Aux humains
Pour taper
Hurler
Remuer
Sans ne jamais toucher
A l’intégrité
de l’autre. 

L’art
Ne pas toucher
à l’intégrité de l’autre
mais en fait
plutôt
lui rappeler.

Plutôt lui rappeler.
Sa générosité
Son désir
De contribuer
De se connecter
A un environnement
A d’autres gens,
Quand depuis petit
On l’a abruti
Avec
la concurrence
la compétition
Au lieu
Comme le dirait
Albert Jacquard
De lui parler
D’émulation.
De création
A la place
De consommation.

Ce soir
Avec son ami
Dont il se fait
Le guide
Cette nuit
Pour lui présenter
Les quartiers
Les plus anciens
De son existence
De sa vie.
Cette nuit
Il lui parle
Comme l’émotion
Lui servait d’un support
Pour la mémorisation.
Quand il lisait
Un poème
Qui le touchait
Il l’apprenait
Uniquement
En une fois.
Il n’avait qu’à se souvenir
De l’émoi
Qu’il avait ressenti
Et les mots
immédiatement
un à un
Ressurgissait
Avec clarté
précision
et joie
à la surface
de son esprit.

Emu
Tout lui revient
Puis
immédiatement
tout repart.
Vingt années
dans ces sociétés
L’ont privé
De lecture
D’intelligence
De chaleur
Le quotidien
Aujourd’hui
A pour lui
Des allures
De case départ.

Pourtant
il rêve
Certains soirs
Qu’il agit en héros.
Qu’il monte tout en haut
D’une ville
D’une grille
Qu’il la fait tomber
pour tous nous libérer.

Certains rêves
Apparaissent
bien trop réels
Pour ne pas les laisser
influencer
notre réalité.

Alors
cette nuit
En compagnie
de son ami
Il lui montre
Les quartiers de sa vie.
Pour retrouver du sens
De l’énergie.
Se souvenir
De tout ce qu’il a déjà réalisé
surmonté.
Appartenir
A toutes les minorités
Impose l’excellence
Pour désamorcer
Dans leurs yeux
Les réflexes de méfiance.

Et en repensant
A ce poète
Qui descendait
banalement
la rue Mouffetard.
Il sent
Qu’il va devoir
incarner
cette référence
pour la société
Tôt ou tard.

Des Brassens
Des Brel
Des Ferré
Sont déjà présents aujourd’hui.
Et peut-être même que c’est toi.
Et peut-être même
Que c’est elle
Et peut-être même que c’est lui.

00h40.
Fin de la visite.
Le guide et le visiteur
repartent
chacun de leur côté.
Riches des émotions
que les grands poètes
savent si bien
procurer.

Ne pas toucher
à l’intégrité de l’autre
mais en fait
lui rappeler.

lui rappeler.

lui rappeler.

Ils traversent leur vie, à travers les heures, à travers les décors des villes, en solitaire, pourtant ils ont tant à donner. Son père à lui, sa mère à elle : deux volcans de générosité, sans aucune pente au quotidien sur laquelle couler, se déposer, pour enrichir toute une terre des ferments de leur amour.

Aussi, la vie, initialement intrigante aventure, a fini un jour par les pousser à revêtir l’armure, les relations, à force de coup bas, ayant fini à leur faire apparenter la vie à rien d’autre qu’à un constant combat.

Pourtant, avec eux, son fils pour lui, sa fille pour elle, derrière l’armure, le cœur est là. Cœur d’enfant : évident. Simple. Sincère. Et lumineux. Et cette envie constamment de dire « merci » et « je t’aime ». Mais par pudeur, peur des émotions, les mots d’amour chez eux sont devenus des gestes.

Des billets, en votre absence, qui se cachent dans les lits, dans les sacs, ou qui autoritairement, à l’heure du départ, sont glissés dans vos poches. Des mains qui serrent des tomates dans les mains, pour à l’heure du repas, vous faire sentir, à travers le raffinement du basilic et du safran, qu’ils aimeraient tant en permanence rire avec vous, vous tenir dans leurs bras.

Ils ne veulent pas déranger, comme ils ne veulent plus être dérangés. Ils veulent tout dire, sans vous envahir. Ils ne veulent pas que leur amour vous ralentisse dans votre quête d’autonomie et d’accomplissement. Ils veulent que vous soyez heureux, comme s’ils n’étaient plus là, pour que le vide à venir, ne soit qu’un simple souvenir, avec reconnaissance, à porter.

Ils ne veulent pas causer d’états d’âme, ralentir une intuition, une volonté, en l’imposant de ne plus regarder juste droit devant, mais aussi à côté. Rien impacter, rien causer, donc taire. Ils taisent des soucis, des maladies, des envies de partage comme avant.

Leur générosité : leur réactivité à aider, leur promptitude à donner : son fils à lui, sa fille à elle, quand ils sont là : ils ne voient que ça. Derrière le personnage de solitaire qu’ils se sont créé. Derrière le masque de rigidité qui a maintenant du mal à se décoller : ils ne voient que ça. Ils comprennent l’endurcissement, pour avoir découvert depuis leur départ du domicile, une jungle, où consciemment ou inconsciemment, on manipule, on consomme, on brise : on se sourit à qui sera le plus violent.

Ils auraient pu s’endurcir aussi. Mais avec de telles figures de générosité, ils ont compris la grandeur et l’importance, d’autant accompagner et donner. Alors, quand lui voit son père, et elle sa mère : ils les aident, les écoutent, toujours leur sourient, leur passent toutes leurs maladresses, pour les inviter en douceur à être plus nuancés, plus ouverts, plus relâchés. Ramollir les rigidités à la chaleur de la confiance, de la complicité.

Une qualité de connexion, qui d’ailleurs, tous les deux, les élève, les unit. Ressourcement mental et physique, par un partage total et réciproque d’énergie. Pour continuer à contribuer, dans la présence, sans se renfermer : avantage de pouvoir goûter à une base de douceur et de sécurité. Matelas, issu d’un vrai partage, sur le matelas, et à côté. Qui a nécessité qu’ils se soient questionnés, enfin trouvés. En cela, ils remercient, dans leur cœur, leurs parents dans leur quête qui ne les ont jamais entravés.

Seuls les monticules dans l’assiette, ont parfois laissé fuiter, qu’ils auraient apprécié un peu plus de moments partagés.

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Un ami
L’appelle
Lui parle
de hyènes en cravate.
De valses
Entre squelettes
devant
la machine à café.

Lui
Observe
Alors qu’il aimerait
Crier
Partir
Même user de ses mains
Mais plus sur le clavier.

Sur eux…

Sur eux…

Mais il sourit bêtement
Devant eux
Un gobelet à la main.
Il offre des politesses
A ceux qui lui assènent
Quotidiennement
Des uppercuts. 

Intérieurement
Il n’en peut plus
Et pourtant en lui
Il sait qu’il est magnifique.

Magnifique.

Même son copain
Lui dit
Comment c’est un seigneur
Même s’il
ne comprend
Jamais
Les blagues
Et qu’il peut
Tourner 40 minutes
Pour se garer
Dans une ville
Alors qu’ils ont
Seulement
60 minutes
pour se voir. 

« T’es un seigneur.
Un prince.
Tu gardes le temple.
T’es
Muhammed Ali
En Citroen
et en cravate.

T’es Rocky
qui lance
Des coups de poings
Dans le vide
Déterminé
qu’il est
à toujours lutter
Se relever
Repousser l’assaillant.

Mais il n y a plus d’assaillant.
Du moins : plus en face.
Les coups t’arrivent
dans le dos
même sous la ceinture
mon pote. 

Et quand tu pleures
c’est moi aussi
qui chiale
Sans fuite
ni possibilité de réplique
Elle reste coincée
Dans le corps
Cette violence.
La coquine
Elle visite.
En nous
On le sent
Elle se balade. 

S’engager
Dans une vie
Sans avoir été
Invité
Au préalable
A se connaître :
On sait
Tout ce qu’ils en pensent
Nos silences
Finalement
De tout ça. 

Et quand tu m’appelles
Je souris
Je remercie.
Conversation
vers l’infini
Au fond
Tous les deux
On est le jour et la nuit.

Et en fonction
Des jours
L’un et autre.
Et même le contraire.
Et même les deux en même temps.

Et même les deux en même temps.

Autrefois fier d’appartenir à un pays dominant, ce n’est que plus tard qu’il a compris, que pour être dominant, il fallait avoir la volonté de dominer. Bien sûr, dominer, la perspective était alléchante, durant les premières années, où régner sur des sourires, des corps, vous donnait la motivation nécessaire, pour escalader continuellement des sommets académiques, puis professionnels, pour de là-haut y contempler une ville, qui fourmillait en contre-bas, et semblait comme vous appartenir.

Seulement, très vite, les moyens pour se hisser, qui se révélèrent plus proches de la lâcheté, de la conformité, que de la droiture et l’excellence, vous faisaient comprendre que par dominer, vous vouliez dire impressionner et inspirer : les privilèges n’étant justifiables que par un surcroît de responsabilités.

Inspirer, par l’exemplarité, dominer, par le manque de clarté, le flou. Faire siennes des valeurs, une exigence de réalité, pour dans son comportement, se mentir, ne pas respecter le pacte scellé, par deux consciences avides de confiance, pour s’exprimer totalement enfin sans arrière-pensée.

Inspirer, impressionner : et comprendre peu à peu les complémentarités, l’appauvrissement de raisonner verticalement, en terme de hiérarchies. S’user, angoisser, par la peur constante d’être dépassé, plus autant admiré, comme si la vie n’acceptait en son sein qu’un héros. Mépriser les énergies à l’arrêt, qui seulement regardaient ou étaient à l’écoute. Et puis perdu sur sa route, les trouver, leur parler, et sentir que même sans atteindre les sommets, ils nous aimeront. Et alors s’ouvrir, goûter à la force du lien, au plaisir d’aider les autres à grandir, en leur offrant des sourires, l’espace pour nous montrer toute leur générosité, leur volonté, les richesses de leur créativité.

Et alors, ne plus être fier d’appartenir à une civilisation dominante. Rêver de contribuer au sein d’une société inspirante. Le terme « niais », pourrait si bien être accolé à ses idées, ses rêves, il le sait. Mais les termes d’ « échanges », d’ « amour », ne sont pas prononcés avec légèreté, quand un corps, dans le silence, a expérimenté sur plusieurs années tant de violence. Les hommes ne regardent pas assez leur part d’ombre, et s’amusent trop de leur rapport avec l’obscurité. L’obscurité.

Sa bouche embrasse à pleines lèvres. Sa main caresse ce qu’elle lui offre de peau, de muscles, de douceur et de force. Ses oreilles écoutent, pour qu’elle puisse au maximum extérioriser et parfaitement visualiser. Son sourire l’accompagne au mieux, où elle désire aller.

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« Qui es tu pour juger »
La phrase
claque dans sa tête
Soudainement
Comme
La porte. 

Un vide
dans l’appartement.
Sa présence
suggérait
« Tu as raison »
Son départ
désormais
lui répète « tu te mens ».

Il avait raison
certes
De vouloir
Briller
Se tenir droit
Par ambition.
Mais tort
De revenir
tard
dans leur dortoir
Où il n’échangeait plus
qu’avec son corps
dans la nuit
plus qu’entamée
un
mal assuré
« Tu dors ? »

« Qui es tu pour juger »

Un seul couplet
Même un unique verset
Qui s’était déversé
Dans son esprit
Avec l’efficacité
Du refrain

En boucle
Une phrase
Qui soudainement
Vous la boucle
Vous fait
Rentrer en vous
où d’ailleurs
désormais
Vous êtes
Seul.

Refrain
qui vous hante
Sans cesse
Qui vous chante
Ce que
vous ne vouliez pas écouter.
Mais dans le silence
On n’en peut plus d’attendre
On se sent
soudainement
obligé
D’entendre. 

Et ce jour
Où la porte
A claqué.
Où une personne
Est sortie.

Quelque chose
D’humain
Est entré dans sa vie. 

Quelque chose
Comme un lien
Comme une envie
De ne plus s’isoler.
Comme une envie
De questionner
D’approfondir
Et d’enfin écouter.

Et ce jour
plus qu’une porte
des mots
ont claqué. 

Des mots
Qui ont tout changé
qu’il s’est répétés
dans les palaces
surtout sur les marchés :

« Qui es tu pour juger ? »

Il sort
De sa boutique
Il sait qu’il reviendra.