ELLE DÉCOUVRE

Elle découvre
L’amitié.
Elle découvre
Sans ses parents l’été.
Elle découvre
Les charmes de charmer.
Elle découvre
Timidement ses doigts de pieds

Elle découvre
La toute fin du collège.
Son sac à main s’alourdit
Son cartable s’allège.
Elle se surprend
À fantasmer sur son prof de français.
En cours, c’est décidé
Elle découvre
Timidement ses mollets.

Elle découvre
Le lycée.
Les amours qui s’affichent
Les affiches qu’on collait.
Elle est seule
Mais voudrait dire ensemble.
A la récré, c’est décidé
Elle découvre ses jambes.

Elle découvre
Que le travail rend con.
La prépa, m’appelle pas
Ou alors, appelle-moi révision.
Elle découvre
Son compte en banque.
Mais le soir
Elle ressent comme un manque.
Elle voudrait rire, discuter, partager
Faire l’amour.
Mais la nuit tombée
C’est juste avec Morphée,
Qu’elle s’en va faire un tour.

Au chaud,
Sous sa couette, il fait froid.
Sur un air d’Aznavour,
Elle rêve de dire tout bas.
« Jusqu’au bout de la terre
Mon amour emmène-moi… ».

COMBAT ORDINAIRE

Serre-moi.
Encercle mes épaules
De tes mains.
Passe-les
Avec tendresse
Et
Douceur
Dans mon dos.

Tu me manques
Présence
Féminine.
Tu me manques
Douceur féminine.

Que dois-je faire
Pour
Mériter
Ta présence ?
T’offrir des
Garanties ?
Travailler dans
Leurs
Entreprises ?

Je ne le peux
Pas.
T’offrir un enfant ?
J’ai
Besoin de
Tout mon temps
Pour m’équilibrer
Cette société me détraque
Je deviens
Le contraire
De moi.

Et tu es
loin
De ma peau
De mon dos.
Tes mains
N’encerclent pas mes épaules.

Tu me manques
Présence
Féminine.
Tu me manques
Douceur
Féminine.

Une soirée
A te voir
T’occuper
Sensuellement
D’un héros.
A moi
D’en devenir un ?

LES SITES DE RENCONTRE…

Les sites de rencontre c’est comme les soirées
T’as 10 cibles potentielles
Mais tu repars toujours tout seul.
Seule nouveauté : les râteaux sont remplacés
Par du silence.
Bravo la technologie

LE BONHEUR D’ÊTRE AU MONDE

La journée était
Légère
Puis
Une urgence est tombée.
Alors son corps s’est
Concentré
Au-delà de son rythme
Naturel
Pour atteindre l’objectif seul
De son employeur.

Il a fini.
Il sort de l’immeuble.
Il marche dans la rue.
Cela recommencera demain, pense-t-il.
Les cadences élevées qui accélèrent
Le vieillissement.
Une femme, sur le trottoir, arrive à sa hauteur.
Téléphone à l’oreille, angoissée,
Elle se confie sur ses problèmes professionnels
A une proche
Qui l’écoute.

Il continue son chemin vers la gare.
Il réalise
Comme le travail
S’est approprié l’espace entier de nos cerveaux.
On ne pense qu’à ça.
Nos collègues.
Nos dossiers.
Notre patron.

Il ne veut pas gâcher sa vie
A penser sans cesse
A la journée écoulée
A la journée demain qui viendra
Sans ne jamais vivre l’instant.

Alors
Il arrête ses pensées.
Dans la rue,
Il s’attarde sur le mouvement du train qui passe.
Sur l’architecture du pont.
Et se laisse emporter par le bonheur d’être au monde.

MELODIE INTERIEURE

On hésite à vivre dans
Le dénuement
Car les femmes aiment
Le confort.
Et comme nous aimons
La beauté
Nous consentons
Pour leur offrir ce
Confort
A travailler avec des gens
Pour qui on ne sent rien
Que de l’indifférence
Et du mépris
Qu’avec sagesse
On essaye de transformer
En bienveillance en toute
Occasion
Pour ne pas se noircir.
On devient docile
Pour ce confort.
Elles aiment les sauvages.
Mais par ce qu’elles
Nous poussent à obtenir
Elles nous éloignent
De ce qu’elles aimeraient
Que nous soyons.

Attaché au naturel de mon âme
A l’authentique
Je me rapproche du dénuement
Mais m’éloigne des plus belles femmes
Dans mon esprit
Dans les bus.
De peur
Qu’une me plaise
Et me pousse
A me renier
Pour la beauté
Pour le confort.

Quand vos engagements
Financiers
Pour payer un loyer
Pour nourrir une famille
Pour entretenir une voiture
Pour assurer un standing
Social
Sont devenus trop importants :
Vous ne pensez qu’à l’argent.
Que vous devez trouver
Chaque mois.
Dont vous ne pouvez plus
Vous passer.
Vous vous accrochez à un
Emploi
Même si la pression est
Trop
Forte.
Même si les gens sont
Totalement indifférents
A votre santé.

Ils vous remplaceront
Vous le savez.
Alors
Vous ne vous faites pas
Remarquer.
Vous ne vous absentez pas
Pour vous soigner.
Vous ne contredisez personne.
Vous travaillez.
Vous souriez.
Même si on ne vous donne pas
Tous les moyens
Toutes les informations
Et que les échéances vous pressent
Vous souriez
Et vous dites oui.

On n’écoute plus sa
Mélodie intérieure.
Cette voix
Qui dans les jeunes années
Nous incitait
A nous manifester
Quand un frère était menacé.
Victime.
Un frère de notre établissement.
Un frère de notre pays
Ou d’un autre pays
Nous ne faisions pas
De hiérarchie entre les
Hommes.
Notre univers était le monde
Entier
Et non seulement
L’intérieur
D’un appartement ou
D’une maison.

Rester debout.
Ouvert.
Ne pas sombrer dans
L’individualisme
Ne pas sombrer dans
L’exclusion des autres
Pour conserver
Sa situation
A tout prix.

Des objectifs d’une vie
Qui poussent à se
Méfier
Des engagements financiers
Du confort.
Pour garder son élan
Sa générosité
Intacte.

Le bus s’arrête
Une femme me laisse passer et
Je descends.

CLIMATOSCEPTIQUES

Les climatosceptiques nous disent
De ne pas nous inquiéter.
Nous sommes le 12 décembre.
Il fait 19 degrés sur Paris.
Mon père sort le barbecue.
Je ne m’inquiète pas. Je me ressers même
De la merguez.

VISAGE D’ANGE

Parfois on hésite
A parler de sexe
Dans un texte.
Mais comme ça
Intéresse un peu tout le
Monde
Finalement on n’hésite pas
Longtemps.
Alors, voilà, sur un site de
Rencontre, elle avait mis
Une photo avec un décolleté.
Tu venais tout juste de revenir du travail
Et t’étais déjà dans son soutien-gorge.
T’avais envie de lui dire « Chérie, s’il te plait
Laisse-moi au moins dénouer ma cravate. »
Elle avait de telles formes,
Avec un visage d’ange,
L’équilibre parfait entre la pureté et le vulgaire.
Le respectable et l’indécent.
Pourtant, elle allait loin dans l’indécent.
Accessoires au lit : « Sextoys ».
Pratique : « plaisirs inconnus », « mise en bouche », « fessée déculottée ».
Précisions déplacées.
Indignes de la femme
Parfaite,
Raffinée,
Que je me représentais dans mon esprit.
Et pourtant,
Cette liberté que je lisais
Sur la fiche de cette femme de 37 ans
Me faisait un bien fou.
Son élan.
Sa gourmandise de vie.
Elle et son visage d’ange
Elle et ses courbes parfaites
Taillées pour l’amour.
J’hésitais à la contacter.
Les conventions disaient « non ».
La liberté disait « oui ».
Ma peur du jugement
Retenait sa réaction.
Mais je voulais
Plonger
Plonger
Comme si ma vie m’attendait
En bas de la falaise.

Je faisais disparaître
Son image
Mais son visage avait
Remonté les yeux
Pour se placer dans l’esprit.

Elle était libre
Quand j’interrogeais toujours
Ma raison
Au lieu de suivre mon intuition.
J’intégrais systématiquement l’extérieur
Avant de me comporter
De décider.

Je n’étais libre que
Malade
Quand mon corps
Délabré
Ne se trouvait plus légitime
A réclamer
Des témoignages d’estime
Et d’amour
Extérieurs.

Je n’attendais plus
Rien de l’extérieur.
Donc l’extérieur
N’avait plus d’emprise
Sur moi.
Je pensais seulement
A ce corps qui
M’abandonnait
Et à être
Dans ces circonstances
le plus noble.
A Accepter la fatalité
Du temps qui passe
Et qui nous prend
Peu à peu
Tout.

Malade
Mais j’étais
Aujourd’hui
Encore
Plein de vie.
Et je voulais être
Libre comme cette
Femme de 37 ans.
Oublier l’extérieur qui
Est noire de frustration.
Oublier l’extérieur qui
Sanctionne ceux qui ont
Eu
Le courage.

Mais je ne suis pas assez fort
Pour oublier l’extérieur.
Cette majorité qui juge.
Mais toi, tu es plus forte
Que moi.
Et je t’aime autant pour ça
Que pour ton corps.

Et je fais disparaître
Ton image
Mais ton visage a remonté les yeux
Pour se placer dans l’esprit.

Et quand devant
Les visages mécaniques
Et quand autour
Le gris coule le long
Des façades
Tes traits s’affichent
Au révélateur du manque.

J’accepte le quotidien
Je voudrais le refuser.
J’accepte la médiocrité
Je voudrais m’en moquer
Comme avant.

J’aimerais ne pas savoir leur pouvoir de destruction.
J’aimerais ne pas savoir leur pouvoir de destruction.

J’aimerais juste
La liberté
Ton décolleté
Mon intuition
Sans tous ces raisonnements.

La liberté
Ton décolleté
Mon intuition
Sans tous ces raisonnements.

Ton décolleté
Mon intuition
Sans tous ces raisonnements.

Mon intuition
Sans tous ces raisonnements.

Sans tous ces raisonnements.

Sans tous ces…

UNE SILHOUETTE QUI S’ELOIGNE

Elle part
Dans le froid.
Il se souvient d’un jour
De tempête
Où sans train
Elle avait dû chercher
Un bus
Un pilote pour aller
Travailler.

Dix-sept années
Ont passé.
Elle s’en va
Comme
Elle était partie ce jour-là
Vers sa vie.
Mais sa vie a moins de
Promesses.
Ma vie
A moins de promesses,
Egalement.
Les déceptions se sont
Accumulées.
Elle s’en va vers la solitude.
Je m’en vais rejoindre
Une vie, il me semble
Que je gâche.
Mais en voyant sa silhouette s’éloigner
Continuer à y croire
Sans promesse.
Mon affection pour elle
A chaque pas qu’elle
Fait
Grandit.

Derrière un simple
Sourire
Il y a parfois
Des journées entières de lutte
Interne
Pour ne pas reprocher
Pour ne pas s’enfermer

Pour ne pas regretter
Pour seulement
Donner
puis Partir.

Le train arrive en gare.
Je l’imagine monter.
S’asseoir.
Puis ouvrir un livre.

MISS METEO

Sur la quatrième chaîne
La fille de la météo
Ne lui annonce pas
La température extérieure
Mais celle à l’intérieur
De son slip.
Très élevée.
Au-dessus des normales
De saison.
Son visage est
Un tableau
Qui semble tout lui dire
Sans rien lui expliquer.
Son décolleté est
L’occupant d’un trampoline
Qui descend
Et lui dit
« A ton tour. »
Ses dents
Sont des spots
Tournés vers les yeux
Qui éblouissent
Et font oublier
La présence
De ces spectateurs qui le
Jugent.
Elle le rend invincible
Immortel
Mais après deux minutes
Lui reprend
Son pouvoir.
Elle part
Mais reviendra demain.
En attendant,
Il se demande,
Comment
Ne plus attendre le soleil
Pour savoir qu’il fait beau.

Il éteint la télévision.
Retourne dans sa chambre.
Sur les murs, des filles en petite tenue
Le regardent.

IL NE DEMANDE PLUS RIEN

Il ne demande plus rien à la chance
Il ne demande plus rien au hasard
Il ne demande plus rien d’elle
Ni de lui
Il demande seulement
A son courage
A sa persévérance
De le guider
A continuer
A toujours plus donner
Sans ne rien espérer
Recevoir.