« SLAMS »

 

PRINCE SANS ROYAUME

Il envoie
Un message
Par téléphone
A celui
Qui lui a donné
L’envie d’écrire.

Il est pour l’heure
Anonyme.
Il blanchit ses nuits
En noircissant des
Pages
Sans retour
Pour l’instant.

Quand il sent
La frustration
Lui noircir
La vision
Il repense
A ce jour
Où celui
Qui lui a donné
L’envie
D’écrire
L’a appelé.
Où celui
Qui lui a donné
L’envie
D’écrire
Lui a proposé de se rencontrer.

Cela n’a pas changé
Réellement son
Quotidien.
Le matin, il prend
Le même métro.
La journée,
Il la perd en
Effectuant le même
Travail.

Rien n’a
Réellement changé.
Pourtant, avec lucidité,
De constater que
Celui qui le faisait
Rêver sur papier
Est maintenant
La réalité d’un
Numéro dans son
Répertoire
Il sait que les choses
Changent.
Lentement
Mais elles
Changent.

Alors le soir,
A nouveau
Il blanchit ses nuits
En noircissant des
Pages.
Il passe tout son
Temps libre dans son
Esprit.
Le papier sur
Lequel il
S’étend
Est sa plage.

Et quand il sent
L’amertume
Lui noircir la vision
– Il n’existe pas pour
Le moment pour
La plupart des
Femmes, l’âme étalée
Sur ses livres
Ne touche que
De rares personnes –
Mais celui qui
Lui a donné
L’envie d’écrire
L’a un jour
Appelé.
L’a rencontré.
Lui a dit de
Ne pas arrêter.

Alors il n’arrête
Pas.
Et lui envoie
Parfois
Un message.
Lui souhaite
La nouvelle
Année.
Pour transformer
Son chemin de croix
Sa traversée du désert
En le prolongement d’un rêve
Un beau jour
Initié.
Nous sommes des embarcations
Au milieu de rien.
Nous sommes des silhouettes
Marchant depuis des siècles
Vers un royaume qui n’a
Peut-être
Finalement
Jamais existé.
Mais la beauté absente
N’est plus en priorité
A trouver
Mais à offrir.
Alors le voyageur seul
Se souvient
De ce qu’il pensait
Découvrir.
De ce qu’il pensait
Accomplir et
Rejoindre.
Et les jambes marchent
Comme si elles n’avaient jamais marché.
Et l’horizon se dévoile
Comme si les portes ne se fermaient pas.
Comme si les murs protégeaient
Sans
Séparer les hommes.
Et il marche
Comme s’il n’avait jamais marché
Et il espère
Comme si la vie n’apprenait pas
La beauté d’être seul.

Et en le voyant
Se déplacer
Dans le sable,
Les yeux,
Assis,
Réalisent que le repos
Est devenu l’inertie.
Ils se relèvent alors
Et repartent.

Vers un royaume
Qui
Peut-être
N’existe pas.
Qui
Peut-être
N’a jamais existé.

Mais ils
Savent que
Pour distinguer
L’oasis du
Mirage
La solution est
De continuer à s’approcher.
La vérité ne nous
Parvient pas
Par l’oreille
Mais toujours par les yeux.

Alors ils marchent
Et ne se demandent plus
Si ce royaume existe
Mais s’ils trouveront
Demain encore
La force de marcher
Pour inciter les autres
A les suivre.

Etre cette lumière
Qui guide
Qui rassure.

Qui incite encore à lever la tête.


LES TATOUAGES SOUS LA PEAU

Rupture
Déception
Paillasson
pour leurs pieds :
Il a ses tatouages sous la peau.

Envie
Elan
Candeur
Mais leur frustration
Et leurs visages fermés :
Il a ses tatouages sous la peau.

Enfant
Souriant
Optimiste
Mais le consumérisme
L’individualisme
L’absence de compréhension :
Il a ses tatouages sous la peau.

Sa peau est blanche.
Semblable à celle
De ses premiers jours.
Intacte, comme le reflet
De l’authenticité
De son âme.

Mais en-dessous, il y a
Tout ce que la vie
Les expériences
Ont
Marqué
Et qui ne s’efface pas.

Vous le verriez,
Vous le prendriez
Pour un homme niais
Tendre.
Il n’exhibe pas
Les rencontres incendie
Les déceptions qui découpent
Les phrases et
Les visages
Qui restructurent.

Il tait
Tout ce qui fait crier.
Il garde
Ce qu’on exhibe
Pour recevoir de l’empathie.

Lui :
Il a
Ses tatouages
Sous la peau.


SOURIRE BOUCHE

Sur le quai
Cheveux blanc
60 ans
Ils s’embrassent fougueusement.
Putain
C’est sacrément beau 
l’amour.

Il les regarde
En se demandant
S’il vivra 
si vieux. 
S’il sera un jour
réciproquement
si amoureux ?

En tout cas
en les regardant 
s’embrasser
il observe
son corps s’embraser
en rêvant
à ça :

un quai
un sourire
une bouche
un sourire
une bouche
un sourire
une bouche


MARCHEUR

Il marche dans le bois.
Tous les jours
Pendant une heure
Le même trajet.
Tous les jours
Il porte
Un pantalon noir
Une chemise blanche
Parfois une veste.

Pendant un heure
Chaque jour de la semaine
il fait le même trajet.
En allant au travail
En vélo
Ou en scooter
Elle l’observe
étonnée
d’autant de discipline
et d’indifférence
pour les regards
extérieurs
elle
qui ne peut cesser
de prendre en considération
les réactions des autres
et
quelque part de se conformer.

lui
ne se conforme pas.
il marche
il marche
seul
vers un but
que lui seul connaît.
Elle ne l’imagine pas
Travailler
dans un bureau
Comme si les oiseaux
ne se mettaient pas en cage.

chaque matin
elle l’observe.
mais sa fascination
peu à peu
se transforme
en questionnement.
Son détachement
Vis-à-vis des regards
extérieurs
est-il une libération
ou un attachement
à un autre
système
de croyance ?

Est-il religieux ?
Quel est son parcours ?
Qui est-il ?
Pourquoi ce rituel
dans ce bois
D’une heure
Chaque matin
Qu’importe la saison ?

Sur son vélo
Ce matin
Elle se le demande.
Surtout
Que le voilà
arrêté à l’angle de la rue.
Elle sourit.
Elle qui ose
de plus en
plus
Aller
vers les gens
Leur sourire,
Leur parler,
Elle se dit que ça serait sûrement
Le moment
pour l’aborder
le questionner :
Connaître ce marcheur
mystérieux.

Elle hésite,
Entre curiosité
Et
Méfiance.

Le feu va passer au vert.

Elle le regarde
Arrêté à l’angle de la rue.

Le feu passe au vert.

Elle souffle puis rappuie sur ses pédales
direction
son travail…

Le marcheur mystérieux reprend son parcours dans les bois.


ENTRETIEN

Elle pose son plateau
Cherche
dans son sac
sort son ordinateur
recherche dans son sac
Reprend son café
Prend un classeur
Prend une feuille dans
ce classeur
Reprend son café
Puis se lève puis
Revient.
Se met à taper sur le clavier de son ordinateur.
Prend son café,
le repose.
Se remet à taper sur le clavier de son ordinateur.
Assis,
à la table d’à côté,
il l’observe.
Une minute qu’elle vient
d’arriver,
et elle a déjà fait plus de gestes
que
lui,
en une heure
dans ce café.

Il l’observe.
Son visage est impassible.
Le modèle
Economique
A transformé
Tout le monde
En tornade de stress
Et plus personne
Ne se
rend compte
de rien.

Une fille arrive à sa hauteur.
Elle vient pour un entretien.
La femme la salue
Et lui explique le déroulé de l’entretien
avec un débit de paroles
qui avec l’expérience
vous fait dire
de partir
avant de travailler
avec une telle personne
qui a dû voir ses enfants
la dernière fois à 3 ans
et maintenant
ils en ont 12.

Elle lui demande de se présenter.
L’homme à la table d’à côté
Les écoute
et sourit.
La candidate a fait la même école que lui.
La même filière.
Là elle est diplômée
Et postule pour son premier CDI
En cabinet de conseil.

Il a envie de dire à cette fille
Férue d’art
De partir en courant
De ne pas rentrer
Dans cette machine
Qui vous mange
Vous digère
Puis vous recrache
Avec des cheveux
Blancs
Des cernes
Du gras sur le bide
Alors qu’à votre arrivée
Vous étiez beaux
Dynamiques
Optimistes
Rayonnants.

Elle rayonne
De
confiance.
Dit que la charge
De travail
Ne lui fait pas peur.
La femme lui dit
Qu’il faut souvent
Faire sa mission
Et des appels
D’offre en même temps.
Deux journées en une,
en quelque sorte,
Cela ne l’effraie
Pas.
elle parle de diversité
Des tâches.
De grande capacité
De travail.

La femme lui demande
de lui parler
de ses stages.
Quelles avaient été les
« KPI » ?
(Les indicateurs clés de performances) ?
Sur quelle réussite
avait-elle
Concrètement pesé ?

Dans le même temps,
derrière eux,
un homme en costume,
commence à saluer des gens
en anglais
au téléphone.
Il organise une conférence téléphonique
au milieu de ce café.
« Hi Tom ! Hi Suzanne ! Hey,
I’ve got good news
for you, John ! ».

Elles continuent,
De leur côté,
l’entretien, imperturbables.
La candidate explique son intérêt
pour le conseil.
Elle a envie
d’apprendre
à son âge.
D’avoir une « culture business »
plus large.
Là, il se dit
qu’elle marque des points.
« Avoir une culture business
Plus large ».
Même lui qui sait que c’est du vent
Après avoir passé tant d’années
Au milieu des éoliennes
Il se laisserait presque tenté
Par une mission
En sa compagnie, elle,
Ambitieuse,
Plus attirée par l’analytique
que l’opérationnel
désormais
et qui sait coordonner
de nombreux acteurs
de divers horizons
autour d’un même projet.

L’entretien se termine
par la résolution
d’un cas pratique.
Derrière,
John,
Prend connaissance
De toujours
Plus
De bonnes nouvelles.

Au milieu de toutes
ces discussions,
Lui sent qu’il est
à la fois,
La jeune pleine d’espoir,
La senior rongée
Par les années de travail,
L’homme
Qui parle
En anglais
qui assure dans sa mission,
et la personne qui fuit
cette réalité
qu’on nous cesse
de nous
proposer
et qui en fait
ne veut plus rien dire.

L’entretien se finit.
La femme se lève.
La candidate se lève.
Elles partent ensemble
Et il ne peut s’empêcher
De voir
une vierge
qui va se donner à un homme
sans sensibilité
qui l’utilisera
qui la jettera
en lui ayant dit
juste avant :
« je t’aime »

Elles disparaissent dans l’escalier.
Il regarde l’heure.
Dix minutes avant qu’il ne parte à son tour.
Derrière,
la conférence téléphonique se poursuit.


REGARDER REELLEMENT

Elle danse avec moi
Et je suis son
Héros.
On fait des enfants
Pour redevenir
Important
Indispensable
Un géant
Dans les yeux
D’une personne
Qu’on admire.
Et je t’admire
Ma nièce.
Car tu es authentique
Vraie
Et quand tes yeux
Regardent ta mère
Ton père
Ton grand-père
Ou moi
On a tous l’impression
D’être indispensable
A cette Terre.
A partir d’un âge
C’est si rare qu’une personne
Réellement
Vous regarde.
Et ne voit pas
A la place de votre visage
Ce que la vie a oublié de lui donner.
Ce que la vie injustement
Lui a repris.
Ou ce que vous pourriez lui
Apporter
Pour qu’enfin elle puisse
Flotter
A la surface de l’existence.

Tu danses, ma nièce
Et je suis ton héros.
Tu souris.
Je suis un enfant aussi, tu sais.
Un enfant qui vieillit.
Un ange au milieu des bombes.
L’innocence qui traverse depuis
Plusieurs années
Une allée pavée
Où tout le monde se poignarde.
Mais quand tu me regardes
Je crois qu’ils ne me voient pas.
Quand mon père et ma mère me regardent
Je crois qu’ils ne me voient pas.
Alors continue de me regarder
Mon père, ma mère,
Continuez de me parler
Comme si je représentais l’avenir de ce monde.

Et on danse
Et on chante
Et on rit.
On oublie
Ce qui nous attend.

Et mon père se lève
Pour chercher l’appareil photo.


SAUT DANS LE VIDE

il quitte
tout.
un peu
comme
on saute
dans le vide
en parachute.
sans bien connaître
la solidité
du parachute.

c’est vrai
mais
quand juste avant de sauter
il se retourne :
il ne regrette pas
le monde
dans son dos.
aucune voix,
aucun visage
ne le retient.
la seule chose
qui
le retient
et qu’il écoute
avec gravité
est le chuchotement
qui émane
de l’intérieur de lui.
et cette voix lui dit :
tu n’as rien
à
regretter.
cette société,
cet ancien système
engendre
majoritairement
de la souffrance
à détruire
notre connexion
à l’autre,
à notre âme
à l’environnement.

alors
il a sauté
et maintenant
qu’il s’est jeté
la chute lui paraît
moins rapide
et
le parachute
plus solide
qu’il
ne le pressentait.
une mère prête à accueillir.
Certains amis
qui remercient
pour la fraternité,
l’écoute,
le sourire.
Un ami
de Granville
qui lui
insuffle
des outils exceptionnels,
une humanité, une gentillesse,
un humour.
Et le sol sur lequel
il risque de s’écraser
existe-t-il vraiment ?

Les peurs
apparaissent
Uniquement
dans son esprit
quand les filles
qui rassurent
ne sont pas celles qui caressent.
Et que celles qui caressent
et illuminent,
le font,
sans comprendre
vraiment
le don de cette âme
face à elles.

Quelle joie serait
d’être accompagné
de l’intelligence, de la force,
de l’émotivité, de la sensualité
incarnée dans une même femme.

Peut-être
apparaitra-t-elle.
Certainement que les sensuelles
Actuelles
Invitent à un lâcher-prise
nécessaire.

Tout n’est pas équilibré.
Mais il sait qu’au bout
d’un chemin
qui lui plait
l’attend
forcément
une leçon.

Une part
En lui
Qui souhaitait
S’exprimer.
Enfin
Diriger.

A lui
d’inviter
toutes ses parts en randonnée,
Dans la sérénité,
pour qu’ils marchent,
Chaque jour,
de 6heures à 23h :
Ensemble.
Ensemble.

Il saute dans le vide
mais le parachute
ne s’ouvre
pas
car il ne
l’actionne pas.
le vide
en fait
remplit
attire
Quand tout en bas
Il y a soi.

Quand tout
en bas
Il y a soi.

Il ferme son ordinateur.
Le glisse dans son sac
à dos.
Et repart
marcher dans les rues
de Paris.


FAIRE TAIRE LES LOUPS

Elle est
drôle
à faire
exploser
de rire
les lions
et les gorilles.

Elle est
douce
à faire
taire les loups
qui observent
et
réfléchissent
à ce qui est
en train
de se passer
sur leur peau.

Elle éloigne
elle serre
elle blottit
elle rejette
elle attire
elle repousse.

ne pas être
bloquée
sur son chemin
mais
rester ouverte
à se laisser
guider
vers un autre
potentiellement
plus beau.

Alors elle observe
elle attire
la proximité
mais toujours
la distance.

Pour conserver
la chance
de pas être bloquée
piégée
mais toujours
avancer :
et faire exploser
de rire
les gorilles
et les lions.

et
poser sa main
avec
attention
sur la fourrure
des loups.


CLAUDINE

Des milliers d’hommes
dans une baie
pour
un monument.

Une femme de 81 ans
Dans sa cuisine
Pour un étranger
Et ses enfants.

Plus de mille
Ans
Entre deux événements
Mais le même souci :
offrir sa vie
et son énergie
puis s’installer
dans
son coin
de paradis.

Le doute
Chez cette femme
n’existe pas.
Car
La fierté
Mal placée
n’existe pas.

Vous vous levez
Elle est
là.
Vous revenez
Le soir
Elle est là,
Vous sourit
Vous charrie
Vous installe
Et
Vous sert.

Et votre jeunesse
Ne vous
Sert à
Rien.
Et vos diplômes
Ne vous
Servent à
Rien.
Et votre développement
Personnel
Ne vous
Sert à
Rien
Si vous n’êtes
Pas
A l’écoute
Du rythme
De la
Vie
comme
Elle.

Tout est simple
Authentique
Droit
Doux
Pétillant
Jusqu’au
Milieu
De ses yeux.

Et
elle amène
Un nouveau
plat
Sur la table.
Un nouveau
Tee-shirt
Repassé
Sur le lit.
Et
Son image
A elle
Est désormais
Pour lui
un modèle
D’énergie
Dans le détachement.

Nous sommes
Des étrangers
De passage
Claudine.
Vous épluchez
Des légumes
Dans votre
Cuisine,
Et je souris
Car votre
Radio
Diffuse du disco.

Et je repars
de l’appart’
avec votre fille.
vous ne le voyez pas,
je suis de dos,
mais deux yeux
dans la porte entrouverte
scintillent.

Je n’ai pas vu
Brel
De son vivant
Sur scène
Comme vous,
Claudine.

Mais je vous ai
Vue
Vous.

Mais je vous ai
Vue
Vous.

La porte claque,
la porte s’ouvre,
et j’installe dans le coffre : ma valise


S’EVANOUIR EN CITANT DU RIMBAUD

Une femme l’accueille
Dans un café.
Elle donne son âge :
16 ans.
Elle veut être mannequin.
La femme lui dit :
« De nos jours
Il faut être
Surfine.
Les critères
sont très stricts.
Quand tu arrives en agence
il faut que tu sois beaucoup plus belle.
Tu fais attention à ce que
tu manges ?
Ouais ?
Fais du cardio aussi.
Et développe un discours.
Du charme.
Il faut avoir quelque chose en plus. »
A côté,
il écoute
cette femme
parler à cette fille.
Il sourit
jaune :
Avoir quelque chose en plus
Mais sans muscle
Et sans os.
Ca va être dur…
Avoir de la personnalité
De la répartie
Sur des talons
Avec 200 calories dans le ventre
Et que t’es au bord de l’hypoglycémie :
La France a un incroyable
Talent

La femme porte
Alors l’estocade
« Les couleurs noires
ça affine,
aussi.
Et les carreaux. »
Le jeune homme visualise
alors
Le modèle de beauté
Que propose cette femme :
Un squelette
avec un truc en plus,
Peut-être les os sculptés
Ou les ligaments tatoués…
Qui s’habille en carreaux
Noirs.
Et qui juste avant de s’évanouir
Trouve le temps
Dans l’agence
De réciter
du Shakespeare
ou du Rimbaud.

Il a envie de dire
A la demoiselle :
Ne faîtes pas ça
Pour être estimée
De personnes
qui ne vous aiment pas
et pour qui vous
êtes
tout simplement
interchangeables.
Si ce n’est pas votre
Sac d’os
Ça sera un autre.
Ne bousillez pas votre santé
Surtout que la beauté
Pour nous
C’est pas ça.

Il aimerait lui dire.
Il espère que sa famille lui dira
Que son père la protègera.
Société bizarre,
Où beaucoup de gens s’aiment
Sans le dire
Poussant parfois
Certains au pire
Pour des miettes d’amour
Dont on ne peut
Finalement
Même pas
se nourrir.

Même pas se nourrir


TERRAIN DE « JE »

Il est
Son terrain de « je »
Elle saute
Elle court
Elle se bouge
Elle transpire
Elle sourit
Il est son terrain de « je »

En short
Sans short
Elle lui parle
De ses victoires
Des ses défaites
De l’arbitre
De ce qu’elle aimerait faire
dans les douches
Après le match
Il est son terrain de « je »

Alors elle libère
Tout ce qu’elle
Contenait
Quand elle était en classe
Pour paraître classe.
Modèle
Douce
Silencieuse
Effacée
Pour satisfaire l’autorité.

Lui, avec elle,
Elle mène le jeu
Aussi parfois
Se met
Volontiers
A son service.
Elle aime ce conquérant
Qui la pousse à être actrice.
Actrice de sa vie
De ses envies
Souriante
Déployée
Au service de sa destinée.

Pas de tristesse entre eux.
Car lui
De six heures à minuit
Il est son terrain de « je ».

Son terrain de « je »


DANS MON PAYS, ON EST DEUX… DEJA

Dans mon pays,
Il y a moi
Et il y a elle
Dans mon pays
On est deux
…déjà.

Dans mon pays,
pas de langue,
pas pour parler,
mais
c’est aussi un langage
le toucher.
Dans mon pays
Il y a moi
Et il y a elle
Dans mon pays
On est deux
…déjà.

Dans mon pays,
Pas de guerre,
Pas de frontière,
Juste la liberté
De circuler.
Dans mon pays
Il y a moi
Et il y a elle
Dans mon pays
On est deux
…déjà.

Dans mon pays,
Pas d’autorité
Les décisions
Se prennent
A l’unanimité.
Au loin, elle me sourit,
Je suis déjà d’accord
avec elle.
Dans mon pays
Il y a moi
Et il y a elle
Dans mon pays
Depuis peu…

On est deux

…déjà.


LES HEROS

La majorité des gens
Cherchent un défaut chez les autres
Pour les mépriser,
Et ne pas regarder toutes leurs qualités
Qui les inciteraient à devoir
continuer
A travailler sur eux.
Ils ne veulent plus travailler.
Ils veulent,
assis,
se conforter
Qu’ils sont parfaits.
Mais quand plus beau
arrive
Plus talentueux
Plus libre
Plus généreux
Leur lucidité le comprend
Et comme l’écart est trop grand
Ils feront tout pour trouver un défaut
Et ne voir que ça
Pour croire
Que ce sont encore
Eux
Les héros.

Encore eux
les héros.

Lui,
ne se focalise pas
Sur les défauts
Mais sur toutes les qualités.
Il aime voir des gens
Incarner
une part de divinité.
Pour que toutes ses parts
A lui
Tendent
A totalement se déployer.

Pour devenir
Totalement lui.

Totalement lui.

Il aimerait
Que les gens
Voient dans les autres
Des héros.
Voient dans les autres
des héros.


ROYAL CALIN

Royal Câlin.
Devant là où s’élancent les trains
Ils se font
un
Royal Câlin.

Par la longueur de leurs bras
ils établissent
Ce ghetto
de bienveillance
Dont elle lui a parlé dans le café.
Minuscule lieu
Où tout redevient
Possible.
Surtout la possibilité
De pouvoir s’élancer, sans jamais réfléchir.

Royal Câlin.
Devant là où s’élancent les trains
Ils se font
un
Royal Câlin,
et les mains sourient
sur les dos,
car le toucher c’est une
réponse
qu’on reçoit illico.

Royal Câlin.
Devant là où s’élancent les trains
Ils se font
un
Royal Câlin,
En rêvant que ce ghetto
ne se résume plus
qu’à quelques dos ;
mais à la surface de toutes ces peaux
qui s’en vont vers les trains.
Direction leur foyer.
devant la télé
Sans échanger de la soirée.
Sans recevoir
de réponse illico,
d’une peau
sur leur peau,
qui leur dirait
sans même se parler :
« je sais ».

Royal Câlin.
Devant là où s’élancent les trains
Ils se font
un
Royal Câlin.


IL EST D’AILLEURS

Dans le métro
Il entre
Sac à dos déchiré
Joues creusées
L’impression qu’il va s’effondrer.

Mais il s’appuie sur la beauté.

Mais il s’appuie sur la beauté.

Il commence à chanter
du Pierre Bachelet.
Avec Application.
Avec concentration.
Il articule
chaque phrase
chaque mot.
Et les euros
de plus en plus nombreux
viennent
dans sa main,
Pour le remercier du fond des poches
pour son entrain.
Sa dignité,
dans sa chute,
De s’appuyer sur la beauté.
De s’appuyer sur la beauté.

Et nous donner ainsi
L’honneur
de contribuer
en partie
à le sauver.
Car en fait
il s’est sauvé lui-même…
A travers des chansons
A continuer
A dire « je t’aime »
Quand tout le monde
Lui disait dégage.

Alors il chante
et de plus en plus d’euros
se rassemblent
dans sa main
pour lui rendre hommage,
d’avoir trouvé le courage,
de sourire à la vie
quand nous, à sa place,
Nous aurions peut-être fini aigris.
peut-être fini aigris.

Sac à dos déchiré
Joues creusées
L’impression qu’il va s’effondrer.
Mais il chante avec concentration
Du Pierre Bachelet.

Et même dans sa chute

Il s’appuie sur la beauté.

Il s’appuie sur la beauté.

Sur la beauté.


ATTENTIVEMENT

Plus je la regarde attentivement
plus je l’aime.
Plus je regarde
avec attention
sa bouche parler
et juste au-dessus
son p’tit nez,
plus je l’aime.
Plus je regarde
précisément
le grain d’une peau,
le vert d’une feuille,
plus je sens une douceur
se diffuser
dans la scène.

Exactement comme quand
petit
dans le calme
des pharmacies
La bille du stylo
roulait sur les boîtes
et les mains
les manipulaient
avec précaution
dans la chaleur
et le silence.

Plus je la regarde
attentivement
plus je l’aime.

plus je l’aime.


L’HOMME QUI N’AVAIT PAS PEUR DE MONTRER SES EMOTIONS

Dans un métro
Il observe
ce père
écouter son fils
d’une dizaine d’années.
Il le laisse
Parler
Tout en le recoiffant
Tout en
lui montrant de l’affection.
Et tous les deux
discutent
Comment le fils
Devrait faire
Pour arriver à l’heure
Précisément
Le matin
Sachant qu’il a 5 stations de métro.
Et c’est beau
Comme son père
L’écoute
Le recoiffe
Lui sourit.
On dirait Samuel Benchetrit
Une tendresse
Et en même temps un côté sauvage.
L’homme qui n’a pas peur
De montrer ses émotions
Car il se sent fort
Authentique
Vrai.
La femme
De cet homme
Doit être sacrément heureuse
D’avoir lui comme père.

Un père
Qui dit
A son fils
« Je vais faire un bout du chemin
Avec toi
et après j’te laisse. »
Etre une présence
tout en préparant à l’autonomie.
Une tendresse
tout en lui
faisant comprendre
tu dois devenir un être aguerri.

Ils les voient sortir
tous les deux
Station « Assemblée Nationale ».
Et le métro repart…